Mis à jour le 10 juillet 2026
Remettre la nature au cœur de nos villages
Faisons place à la nature dans nos villages : Réaménagement de deux espaces publics à Dossenheim-sur-Zinsel et de Lohr
Le jardinage mobilise depuis longtemps les habitants du Parc, mais les jardins privés ne sont pas les seuls leviers pour faire revenir la nature en cœur de village. Les espaces publics — placettes, cours d’école, abords d’un monument — peuvent eux aussi devenir des refuges pour la biodiversité, tout en rafraîchissant nos centres-bourgs face au changement climatique. C’est tout l’enjeu de l’appel à projets « Faisons place à la nature dans nos espaces publics, nos places, nos rues, nos lieux communs », lancé par le Parc dans le cadre du programme « Jardiner pour la biodiversité » et du projet européen INTERREG VI Rhin Supérieur, avec le soutien de la Région Grand Est et de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse.
Un appel à projets pour réinventer l’espace public
Lancé en 2024, l’appel à candidatures invitait les communes bas-rhinoises du Parc à repenser un espace public de 800 m² maximum afin d’y augmenter la place de la nature et d’atténuer les effets du changement climatique. Au-delà du seul aménagement, l’ambition était plus large : comprendre le contexte écologique élargi du site de projet, établir un diagnostic partagé de sa biodiversité, concevoir le projet avec les habitants, les usagers et les élus, et anticiper dès la conception la gestion future des lieux. Les communes lauréates ont bénéficiées d’un accompagnement complet, associant une équipe pluridisciplinaire (paysagiste-concepteur et écologue) chargée du diagnostic, de la conception et du suivi de chantier, ainsi qu’un soutien financier à l’investissement pouvant atteindre 24 000 € par site.
Cinq communes ont répondu à l’appel — Dossenheim-sur-Zinsel, Weiterswiller, Diemeringen, Lohr et Montbronn — avec des projets allant de la végétalisation d’un parking à la transformation d’une prairie en jardin public. Au terme de l’analyse des candidatures, deux sites ont été retenus pour leur capacité à devenir des exemples reproductibles ailleurs sur le territoire : la cour intérieure du refuge fortifié de Dossenheim-sur-Zinsel et l’ancienne cour d’école de Lohr.
Dossenheim-sur-Zinsel : verdir la cour du refuge fortifié
À Dossenheim-sur-Zinsel, le projet s’inscrit dans la rénovation du site d’interprétation du refuge fortifié, soutenue par la mission Bern et le Loto du patrimoine. La cour de l’église, entièrement pavée et goudronnée, fait partie du futur parcours de visite proposé aux touristes comme aux habitants. La commune souhaitait y guider le cheminement des visiteurs à travers de petits jardins d’inspiration médiévale, des pieds de façades et des façades végétalisés tout en maintenant une accessibilité à tous. En effet, les premiers secours, le corbillard et des petits engins d’entretien doivent pouvoir accéder à certains bâtiments. D’autres contraintes comme la présence de réseaux souterrains et d’une roche affleurante par endroits ont été pris en compte pour dessiner un projet cousu sur mesure à ce site exceptionnel. Des massifs de pleine terre par créer par la suppression de certains pavés et des bacs plantés surélevés en grès rose de tailles et hauteurs variées permettent d’apporter de la végétation et d’augmenter la qualité des espaces pour les usagers.
Lohr : Du vivant pour que l’ancienne cour d’école devienne une place publique à part entière
À Lohr, c’est une cour d’école entièrement bitumée, sans la moindre touche de végétation, qui devient un espace public partagé. L’objectif de la commune : apporter de la fraîcheur et de la biodiversité au centre du village, tout en ouvrant ce lieu aux habitants. Le projet devait composer avec les usages existants — accès PMR à l’école et à la mairie, espace ludique pour les enfants — tout en désimperméabilisant une partie de la cour pour permettre l’infiltration des eaux pluviales et l’installation de massifs de vivaces, d’arbustes fleuris et de bancs.
Une conception construite avec les habitants
Pour mener à bien ces deux projets, le Parc a confié la maîtrise d’œuvre au groupement Atelier Détour (paysagiste-concepteur, mandataire) et Ecolimneau (bureau d’études en hydrologie et écologie). Leur mission ne se limitait pas à répondre aux demandes initiales des communes : il s’agissait aussi de les interroger à la lumière des enjeux d’adaptation au changement climatique et de biodiversité, tout en répondant aux besoins d’usage et de qualité de vie des habitants et des visiteurs.
La démarche de conception s’est déroulée en plusieurs temps, communs aux deux communes : une réunion de démarrage avec chaque municipalité en septembre 2024, puis un diagnostic partagé croisant les regards du paysagiste, de l’écologue, des habitants et des élus. À Lohr, les écoliers ont été associés dès le 5 novembre 2024 lors d’un atelier dédié, observant comment ils vivaient leur cour de récréation avant d’imaginer, en groupes et autour d’une maquette, à quoi pourrait ressembler la future cour. Le même jour, en soirée, un atelier participatif réunissait les habitants pour récolter leurs attentes et co-construire le projet, dans une ambiance conviviale prolongée par un goûter-apéro. À Dossenheim-sur-Zinsel, un atelier similaire s’est tenu le 4 novembre 2024, mêlant observation du site, sensibilisation à la biodiversité urbaine et construction collective autour d’images de référence.
Dans les deux communes, un troisième atelier a permis, début 2025, de préfigurer le projet directement sur site — à la craie, à la rubalise, avec du mobilier test — avant la présentation des esquisses, puis des avant-projets, aux conseils municipaux. À Dossenheim-sur-Zinsel, les habitants volontaires pour désimperméabiliser le pied de leur façade ont même pu choisir eux-mêmes, par courrier, les plantes qu’ils souhaitaient y voir pousser — une attention particulière pour que ces petits bouts d’espace public, entretenus ensuite par les riverains, soient véritablement appropriés. Une restitution publique du projet a réuni les habitants de Dossenheim-sur-Zinsel le 28 mai 2025, l’occasion de valider ensemble les choix de végétaux.
Du projet au chantier
Après la consultation des entreprises à l’été et à l’automne 2025, les marchés de travaux ont été attribués début décembre 2025 : à Lohr, le lot déminéralisation a été confié à l’entreprise Sequoia Paysage (Gungwiller) et le lot menuiserie bois à l’entreprise Kutsch (Lichtenberg) ; à Dossenheim-sur-Zinsel, le lot espaces verts et grès a été attribué à l’entreprise Thierry Muller Espaces Verts (Geispolsheim). Les chantiers ont démarré au début de l’année 2026 : à Lohr dès le 2 février, pour une réception le 17 mars ; à Dossenheim-sur-Zinsel le 8 avril, avec une réception fin juin.
À Lohr, une place pensée pour la biodiversité et le confort thermique
Le projet répond à des objectifs multiples : favoriser la biodiversité, végétaliser les sols, gérer les eaux de pluie au plus près de leur point de chute, réduire l’effet d’îlot de chaleur grâce à l’ombre et à l’évapotranspiration, et réemployer un maximum de matériaux déjà présents sur site. Les places de stationnement ont été déplacées à l’extérieur pour libérer un espace quasi exclusivement piéton et accessible aux personnes à mobilité réduite, tandis que l’enrobé existant, des copeaux de bois et un mélange terre-pierre semé de micro-trèfle habillent les nouveaux sols. Des banquettes et une table de pique-nique en mélèze, dessinées sur mesure, sont entourées de massifs de vivaces et d’arbustes indigènes, d’un bosquet de petits fruits et d’un tilleul planté en arbre-tige. Les gouttières de la mairie ont par ailleurs été déconnectées pour alimenter un jardin de pluie et des rigoles, capables d’infiltrer en moyenne 425 litres d’eau par jour à la parcelle — sur un total d’environ 220 m² désimperméabilisés, soit 44 % de la surface aménagée.
Des sites pour essaimer
Au-delà de leur transformation propre, Dossenheim-sur-Zinsel et Lohr ont vocation à devenir des références pour d’autres communes du Parc. L’objectif initial de l’appel à projets était clair : montrer, exemples concrets à l’appui — coûts, mise en œuvre technique, association des habitants —, ce qu’il est possible de faire à l’échelle d’un espace public villageois pour préserver la biodiversité, infiltrer les eaux de pluie, lutter contre les îlots de chaleur et s’adapter aux conséquences du changement climatique. Une dynamique appelée à se poursuivre, dans la continuité du programme « Jardiner pour la biodiversité » porté par le Parc depuis 2013 et de la coopération transfrontalière engagée avec les partenaires de la réserve de biosphère.

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