Posté le 27 novembre 2025
Des forêts en libre évolution, toujours plus de biodiversité
Le projet de territoire inscrit dans la charte du Parc naturel régional des Vosges du Nord fixe comme objectif « d’améliorer le degré de naturalité » de nos forêts et de développer des corridors écologiques notamment dans le massif forestier.
Afin de mettre en œuvre ces objectifs, le Parc travaille au quotidien en partenariat avec tous les propriétaires et gestionnaires de forêts pour une sylviculture ambitieuse favorisant une pleine expression de la biodiversité forestière de la manière suivante :
- Laisser une part significative de bois mort au sol et les arbres morts débout,
- Privilégier le développement des gros bois et des très gros bois (arbres de plus de 70 ou 90 cm de diamètre),
- Conserver entre 3 et 5 arbres porteurs de dendromicrohabitats par hectare,
- Gérer avec précaution les lisières et les abords des routes forestières en intégrant le cycle de reproduction des espèces protégées.
Cette gestion intégrée de nos forêts vise à trouver un bon équilibre entre la nécessaire économie du bois et l’indispensable développement du vivant. Cependant bon nombre d’espèces d’insectes, de champignons, de mousse, voire de lichens sont intimement liés aux vieilles forêts et leur préservation ou leur retour au sein de nos forêts nécessite des densités de micro-habitats et des volumes de bois mort que nous sommes incapables de maintenir dans des forêts exploitées.
Maintenir un réseau interconnecté de surfaces forestières sans intervention est bien souvent la seule manière de conserver des centaines d’espèces qui sont dépendantes des phases de maturité extrême de la forêt. Le Parc et ses partenaires encouragent donc les initiatives en faveur de la libre évolution, c’est-à-dire, laisser la nature suivre son cours sans intervention humaine. Cela permet aux forêts de se régénérer, d’évoluer et de se transformer selon leurs propres dynamiques internes. Cette approche peut sembler radicale dans un contexte où la gestion active des forêts est souvent la norme, mais elle permet aux forêts de produire de nombreux services environnementaux qui seront notre assurance vie dans les décennies à venir.
L’objectif que le Parc et ses partenaires se fixent est de pouvoir mailler la matrice forestière du territoire de multiples îlots de libre évolution, encore appelés îlots de sénescence, de taille significative formant autant d’oasis qui permettent le repos, la reproduction et le déplacement des espèces forestières les plus exigeantes en matière de qualité écologique des habitats.
A ce jour, près de 1900 ha de forêts sont dédiées volontairement à la libre évolution dans nos forêts : réserves forestières intégrales, îlots de sénescences ou parcelles laissées « hors sylviculture » au sein des aménagement forestiers car abritant des enjeux écologiques spécifiques (zones humides, ravins, bord de ruisseau…).
Si ce réseau nous est envié, il ne représente que 2,3 % de la surface occupée par la forêt au sein du Parc et n’est pas encore suffisant pour constituer une trame réellement interconnectée de « forêts sanctuaires ».
Nous souhaitons aller plus loin, et pour cela nous devons développer avec l’aide de nos partenaires des outils incitatifs permettant d’atténuer l’impact économique de la non-exploitation des bois pour les forêts privées et les petites forêts communales dans lesquelles les surfaces en libre évolution sont encore trop faibles.
Grâce à l’implication de la fondation du patrimoine, des parcs naturels régionaux du Grand-Est et des acteurs de la forêt nous avons réussi à développer des paiements pour services environnementaux qui permettent de protéger la biodiversité forestière en limitant l’impact financier immédiat lié à la mise en œuvre de la libre évolution sur certaines parcelles.
Un paiement pour service environnemental (PSE) est un mécanisme d’accompagnement financier visant à encourager la préservation, la restauration ou la gestion durable des écosystèmes. Ce concept repose sur l’idée que les écosystèmes fournissent des services essentiels à l’humanité, tels que la purification de l’eau, la séquestration du carbone, la pollinisation des cultures ou encore la régulation du climat…et que la société (via les collectivités) peut aider les propriétaires qui s’engagent dans des actions ambitieuses d’amélioration de la fonctionnalité des écosystèmes.
Dans le Parc des Vosges du Nord, les communes propriétaires de forêt se sont engagées en signant la charte du Parc à créer, lors de la prochaine révision du plan d’aménagement, des îlots de sénescence sur au moins 1% de la surface concernée.
Pour celles qui souhaitent aller au-delà des engagements, les paiements pour service environnementaux sont mobilisables via l’appel à projet régional du LIFE Biodiv’Est. Les peuplements concernés doivent être majoritairement constitués d’essences locales, abriter au moins 10 arbres remarquables (gros diamètre ou micro-habitats particuliers), couvrir à minima un hectare et faire l’objet d’une gestion effective au moment de la contractualisation.
Si votre commune souhaite s’engager dans la libre évolution, n’hésitez pas à prendre contact avec les agents du Parc naturel régional.





